Lost in train station


Depuis un mois, mon train du matin est supprimé. Ce qui m’oblige, pour être à l’heure à mon travail, à prendre le train d’avant,  et donc à me lever encooore plus tôt que d’habitude. C’est-à-dire beaucoup trop tôt  (pour une personne normale, s’entend. Pas pour les petits veinards qui ont des enfants et qui n’ont donc plus besoin de cet objet de torture connu sous le nom de réveil… ;-))

Bref, je me lève tôt. Et ça, pour les gens comme moi qui sont pas du matin, ça fait mal comme un chagrin d’amour. Je m’extrais donc péniblement de mon lit en ruminant des insultes que ma Maman condamnerait, à l’encontre du gars-qui-supprime-les-trains du matin (je suis sûre que ses jours sont comptés, à celui-là – vu les commentaires que j’entends à la gare chaque matin, il y a forcément un contrat sur sa tête).

N’empêche, mes imprécations matinales sont de peu d’effet. Car quand j’arrive à la gare, j’ouvre un oeil incrédule devant le tableau des départs. Je sais pas si vous avez déjà remarqué : le tableau des départs, c’est un peu le Dieu du quai de gare. Les gens s’agenouillent à ses pieds et le contemplent d’un air implorant, en marmonnant des incantions pour que leur train ne soit pas trop en retard, ou, pire, supprimé ! J’ai vu des types lui déposer des offrandes… Si, si, je vous jure…

Bon, Dieu aussi s’est levé trop tôt. Il est de mauvais poil, comme moi. Du coup, mon train est supprimé. Comme celui d’après. Comme celui d’encore après, et celui d’encore encore après… Ca y est, j’ai dû choisir la pilule bleue, je vois la matrice?!  De longues lignes de « supprimé » qui défilent en face de tous les numéros de train…

Je m’adresse au guichet, dans l’espoir, non pas d’une solution (même Dieu, il peut rien contre la grève des contrôleurs), mais au moins de savoir à qui je dois ce petit bonheur du jour (et accessoirement, de savoir pourquoi y a aucune information en gare). Avec des lames de rasoir dans la voix, la guichetière m’explique « qu’elle a pas le temps de mettre des informations ».

(Je lui ai proposé d’aller coller des affiches moi-même. Moi, vu combien de temps j’ai à attendre avant de choper un train, j’ai le temps de retapisser la gare avec les fiches horaires de chaque ligne de France et de Navarre, jusqu’en 2014… Mais ça l’a pas fait rigoler… Tout doux, la guichetière, range tes crocs, j’ai pas envie de choper la rage…)

Mais cette fois, je pense que je tiens une explication. La Gare, c’est une île dotée de certaines particularités électro-magnétiques qui font qu’elle est capable de se déplacer dans le temps. Le gars-qui-supprime-les-trains-du-matin à l’heure de pointe s’appelle Ben Linus, et il est tombé dans une faille spatio-temporelle (avec la guichetière, qui passait par là par hasard, c’est pour ça, elle est en rogne).

Les usagers, en fait, on est tous morts dans un crash. Et on se réunit là, dans cet espace hors du temps, pour se préparer tous ensemble au passage du Train qui va nous emmener de l’Autre Côté. La gare, c’est une sorte de Purgatoire. C’est long, c’est chiant, c’est tous les jours.

Mais nous on se sacrifie, pour que le Mal n’envahisse pas le reste de la terre.

Parce que l’Enfer, c’est les Autres (surtout ceux qui écoutent de la musique très fort – et les contrôleurs).

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  1. #1 par laroisse le 31/05/2011 - 16:31

    EXCELLENT !!!

    • #2 par ramenetafraise le 31/05/2011 - 16:41

      Ah, je sens que je suis pas la seule à trouver que le quai de gare a des airs de purgatoire?? 😉

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